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Publié le 13 juin 2018 | Mis à jour le 13 juin 2018

Portrait de chercheur : Eléonore Barthelemy

« Nous contribuons à explorer l’Univers »

crédit : Advanced LIGO

crédit : Advanced LIGO

Eléonore BARTHELEMY est ingénieur de recherche au sein du Laboratoire des Matériaux Avancés, l’un des quatre laboratoires du labEX LIO. Spécialiste des « couches minces », elle met au point des filtres optiques et des miroirs pour les instruments d’astronomie.

Vous êtes une spécialiste des « couches minces », qu’est-ce-que c’est ?

Une « couche mince », c’est une fine pellicule déposée sur un support - le " substrat " -, auquel elle va apporter un effet : par exemple, un effet miroir pour réfléchir la lumière, un effet de filtre, ou d’anti-reflet. Les usages sont multiples : les couches minces que j’élabore sont destinées aux optiques, comme les lentilles des télescopes. Mais elles peuvent aussi servir à fabriquer des hublots très résistants pour les sous-marins ou les fusées, ou encore, des gyrolasers pour la navigation inertielle…

Quel est l’enjeu de vos travaux ?

Nos procédés servent à fabriquer des outils de plus en plus performants, pour explorer l’Univers. Les projets astronomiques d’envergure se multiplient. Ils nécessitent des instruments ultra-sensibles, et donc en amont, des optiques proches de la perfection. Par exemple, pour détecter les ondes gravitationnelles émises par les chocs cosmiques, le laboratoire a mis au point des miroirs, uniques au monde, réfléchissant la lumière à 99,999%.

Concrètement, comment fabriquez-vous ces filtres ou ces miroirs ?

Pour produire une couche mince, j’utilise, pour ma part, la technique de l’évaporation. Dans une salle blanche, sans poussière, je fais fondre un matériau - ce peut être du chrome, de l’argent, de l’or… - sur une plaque de verre poli. Sous l’effet de la chaleur, les atomes contenus dans ce métal vont se libérer et se déposer sur le verre, attirés par le froid. Ils vont former une couche fine, de quelques millimètres seulement. C’est en jouant sur l’empilement de ces couches, leur épaisseur, leur provenance, que l’on obtient l’effet voulu.

Que vous apporte le LabEX Lio ?

Je lui dois mon poste et mon outil de travail ! J’ai été recrutée par Lio en 2013 en tant qu’ingénieur de recherche. Ma mission : exploiter la machine de pointe que le LabEX venait d’acquérir. Unique en Europe, sa technologie repose sur « l’évaporation assistée par faisceau d’ion » (IAD). Elle nous permet de traiter les grands formats - 81 cm de diamètre - qui sont de plus en plus demandés dans l’astronomie. LIO nous a aussi permis d’acquérir un autre appareil, très utile pour vérifier les performances de nos miroirs dits « large bande ». Notre étude de design d’optique a en effet été sélectionnée dans le cadre de l’appel à projets émergents du labEX.

Quelles sont vos perspectives de collaboration?

Le programme European Extrémal Large Télescope vise à construire un immense télescope, à partir de nombreuses optiques. Il permettra d’obtenir des images des premières galaxies et des trous noirs. Le laboratoire CRAAL (Centre de Recherche Astrophysique de Lyon), qui fait partie de LIO, y contribue. Nous espérons en être, nous aussi ! En développant une expertise pointue, notre ambition est de nous positionner sur de tels projets.

Quel serait votre rêve de chercheuse ?

Réaliser une lentille permettant de découvrir une planète au loin. Ce qui me motive dans mon travail, c’est d’en voir une application directe, très concrète.

Enfant, vous rêviez de… ?

Rien à voir ! Je voulais devenir avocate ou comédienne. Mais, au fond, je retrouve l’idée du partage. J’aime transmettre ce que je découvre à la communauté scientifique ou aux étudiants.


Interview réalisée en juillet 2014 par Caroline Hamon, journaliste consultante éditoriale.