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Publié le 16 juin 2020 | Mis à jour le 9 juillet 2021

URAMAN : lumière sur les briques de la vie

Interview par un journaliste scientifique de Gilles Montagnac, ingénieur d'étude CNRS au LGL-TPE

Qu’est-ce qu’URAMAN ?

URAMAN est ce qu’on appelle un spectromètre Raman. Il s’agit d’un instrument capable d’analyser, de manière non invasive, la structure chimique, moléculaire ou cristalline d’un matériau. Cette méthode se base sur un phénomène d’interaction entre la lumière et le milieu avec lequel elle interagit, dit « effet Raman ». Le principe est le suivant : lorsqu’une lumière monochromatique entre en contact avec un gaz, un liquide ou un solide, elle peut être diffusée et porter alors une signature vibrationnelle des éléments qu’elle a rencontré. Ces légères variations de couleurs forment un spectre, qui permettent l’identification des molécules.
 

Quelles sont les applications d’un tel instrument ?

La spectrométrie RAMAN étant le plus souvent non destructive – c’est-à-dire qu’elle conserve l’objet étudié tel quel –, elle permet d’étudier la composition d’échantillons qu’il est préférable de ne pas toucher, par exemple, les objets rares, fragiles ou in situ.
 

Dans le cadre de quel(s) projet(s) est-il utilisé ?

Acheté en 2014, grâce au financement du LabEx LIO, l’instrument URAMAN qui se trouve au Laboratoire de Géologie de Lyon, est utilisé dans le cadre de plusieurs projets.
 

Une collaboration avec la NASA

Il sert notamment à la préparation d’une mission spatiale de la NASA ! L’équipement est actuellement utilisé pour aider à la calibration du tout premier spectromètre Raman qui sera envoyé dans l’espace. Une équipe de chercheurs du Laboratoire de Géologie de Lyon a rejoint l’équipe scientifique de SuperCam, un instrument qui fera partie de l’attirail du successeur de Curiosity sur Mars, le rover de la mission Mars2020. Le but de ce robot géologue sera d’échantillonner des roches (pour peut-être les envoyer sur Terre) et de traquer des indices d’une vie passée ou présente sur la planète rouge.
 

Sur les traces des origines de la vie

En effet, l’un des principaux atouts d’URAMAN est de permettre l’étude des conditions prébiotiques, parce qu’il est capable de détecter ce qu’on appelle « les briques élémentaires de la vie », des composés organiques complexes susceptibles d’être à l’origine de l’apparition des tout premiers organismes monocellulaires. Une étude est actuellement menée sur des échantillons issus de la dorsale médio-atlantique. Ces roches, qui n’ont pourtant jamais été en contact avec de la matière organique, se sont avérées contenir de véritables petits réacteurs à composés carbonés. L’image obtenue avec URAMAN de leur composition chimique ouvre une fenêtre sur les conditions propices à leur production, et donc peut-être, à l’apparition sur Terre de la vie.
 

Historique

Pour la petite histoire, l’instrument URAMAN tire son nom d’une typo ! À l’origine, la voyelle « u » placée devant le terme ‘Raman’ était en fait le symbole « μ » qui désigne un ordre de grandeur, le « micro », en référence à la très haute capacité de résolution de l’instrument.